e-life: la vie 2.0 est émotionnellement biaisée

social-network-iphoneVous êtes utilisateur de Facebook, Instagram, Twitter, Flickr et autres réseaux d’étalage de vie privée ? Alors cet article est fait pour vous ! Vous y trouverez peut-être un remède à votre possible morosité. Ne m’accusez pas hâtivement d’enfoncer les portes ouvertes des réseaux sociaux. Mais il semblerait que tout ce vivier « socialophile » soit bien plus néfaste qu’autre chose pour votre cerveau ! Si vous êtes usagés des dits réseaux sociaux, vous vous êtes déjà probablement dit dans votre tête ce genre de phrases, j’en mets mon ongle à couper.

– « Oh, il s’est marié, ça me fout le bourdon ce genre de trucs. »

– « Leurs vacances ont l’air d’être sacrément mieux que les miennes.  » A l’inverse :  » Ses vacances ont l’air merdiques par rapport aux miennes »

– Il (elle) est super bien foutu(e) dans son maillot de bain.

Jean passe et des meilleures (Jean est un ami). En fait, ces réseaux sont générateurs de dépressions et de morosité, car ils comparent involontairement votre vie à celle des autres. Une étude de cyber psychologie parue ce mois de juillet 2015. Cela touche indifféremment les deux sexes.

C’est un fait, votre vie est souvent embellie sur les réseaux sociaux où vos postez plus volontiers la photo d’un bon repas, beau, bien dressé et luisant, vos petits pieds dans des tongs sur le sable avec la mer en fond. Et quand bien même cela n’est pas forcément la réalité, vous vous efforcerez de trouver un petit lopin de plage propre sans galet qui ne soit pas recouvert d’algues gluantes et ternes. Certains encore ont ce besoin maladif Apollono-Narcissique de montrer leur corps qu’ils trouvent Apollono-musclé, Apollono-cuivré et Appollono-parfait à toute la terre, alors que comme vous, ils font caca et se lèvent le matin avec des malles de voyage sous les yeux.

En fait, le cerveau comprend tout cela relativement mal et devient rapidement incontrôlable.

#JeFaisCaca #toilettes #diarrhée #cravatteLaide

#JeFaisCaca #toilettes #diarrhée #cravatteLaide

Ces derniers temps, une nouvelle application dans le style des podomètres/GPS 2.0 permet d’afficher ses exploits sportifs effectués à cheval, à pied, à vélo avec des dénivelés incroyables et des distances marathoniennes conclus par un commentaire du type : « Rando incroyable à travers les sommets ! Vanné, j’ai bien gagné mon barbeuc ce soir ! ». En général, cela est suivi d’une photo dans l’heure d’une #pièce de #boeuf en train de rôtir sur les #braisesdelenfer.

Félicitation ! Vous savez désormais marcher

Félicitation ! Vous savez désormais marcher

Or de nombreuses personnes à travers le monde vivent également ce type de moments comme randonner, courir, faire un barbecue, aller en vacances à la mer… C’est en fait la concentration de ces moments, tel un album photos  qui donne une impression biaisée de la réalité. L’observateur lambada (qui par ailleurs est un très bon danseur) des statuts d’autrui se retrouve donc face à une réalité idyllique fabriquée de toute pièce. Votre cerveau compare alors automatiquement ce qu’il voit à votre vie, persuadé que votre vie n’est pas aussi bien que cet agglomérat de joie, c’est le marasme !

A l’inverse, rares sont les photos ou les statuts de désespoir, d’ennui, ou de moments ratés. Oui, votre cerveau est peu enclin à partager son malheur et faire étalage de situations à votre désavantage.

L’étude de Liu Pan paru dans le journal Cyberpsychology, Behavior and Social Networking dissèque le bien-être subjectif (le ressenti personnel) des usagers de Facebook. Elle démontre qu’il n’y a aucune corrélation de l’expression d’émotions positives sur le réseau social avec le véritable bien-être subjectif. Au contraire, des émotions négatives exposées sur la toile sont tout à fait représentatives du mal-être subjectif, mais uniquement sur une période de 10 mois maximum précédent la publication du statuts.

brain like_facebook_web

De même, le nombre d’amis qui suivent vos tribulations ne changera rien. Leurs compliments et autres manifestations de soutien ne font en rien vous sentir mieux. Pourtant, cette relation transposée dans la vie réelle entre quatre yeux génère une réaction émotionnelle véritable, votre cerveau ayant besoin de décrypter la compassion physique, les traits du visage et d’entendre le ton de la voix de votre ami. Le noyau accumbens, un groupe de neurones déjà souvent présenté sur ce blog ( Voyez ces articles : Le cerveau mélomane et De l’anhédonie musicale cérébrale) est selon une étude de Meshi et collaborateurs la zone cérébrale qui serait activée lors de la consultation des commentaires et dans le plaisir de se comparer à autrui. Ces neurones se trouvent dans le circuit de la récompense et sont régulièrement activés dans la vie de tous les jours. Mais sur les réseaux sociaux, la disponibilité permanente de la vie des autres ne ferait qu’augmenter le comportement de comparaison telle une addiction, autre fonctionnalité de ce fameux noyau de neurones. Donc plus vous allez sur les réseaux sociaux, plus vous avez besoin de les consulter. Une fois dans la boucle, dur d’en sortir. La sensation de bonheur subjectif, comme expliqué plus haut disparaît petit à petit, au profit de la comparaison systématique et l’envie inconsciente d’avoir un gazon plus vert que son voisin.

Le fait est que tous les Homo sapiens vivent avec un cerveau qui a hérité de dizaines de milliers d’années d’évolution basées sur une approche physique et matérielle des choses et des émotions. Alors pensez-vous vraiment qu’en seulement dix ans, il serait capable de gérer la relation humaine via des pixels et des émoticônes ? Le cerveau est balèze, mais il a ses limites je dois bien l’avouer.

Cette fiction de Shaun Higton intitulée « What’s on your mind » illustrera parfaitement le propos de cet article.

 

SOURCES:

http://online.liebertpub.com/doi/abs/10.1089/cyber.2015.0022

Social Networks: Making Modern Life Better or Worse?

D. Meshi et al., Nucleus accumbens response to gains in reputation for the self relative to gains for others predicts social media use, in Frontiers in Human Neurosc., vol. 7, p. 1, 2013.

http://www.cerveauetpsycho.fr/ewb_pages/a/article-facebook-change-t-il-notre-cerveau-32709.php

http://www.metronews.fr/high-tech/surfer-sur-facebook-ne-vous-rend-pas-heureux-meme-si-vous-avez-beaucoup-d-amis/mogB!Dz4DcYpfln3UY/

http://www.metronews.fr/info/facebook-l-abus-du-reseau-social-peut-provoquer-de-la-depression/modh!kOhohqqbxZNDQ/

6 réflexions au sujet de « e-life: la vie 2.0 est émotionnellement biaisée »

  1. Phine

    Je ne me reconnais que partiellement dans cette description ! Voir mon père faire un barbec, un ami à la plage ou une copine se marier me fait plaisir. Et donne une occaz de prendre des nouvelles, je trouve que c’est positif. Je publie parfois des statuts de désespoir, pour rigoler et/ou lire un petit commentaire de soutien.
    Par contre oui effectivement, je multiplie les photos de profil narcissiques et j’ai cette envie ridicule et irrépressible d’aller voir tous les jours ce qu’il s’y passe. J’aimerais être moins accro 😉

    Répondre
  2. Thom F.

    J’avoue, je me suis précipité sur Facebook pour partager ce lien, agrémenté d’un commentaire du genre : « Pour le bien être du cerveau de mes amis Facebook, je ne partagerais plus de photos de mon corps d’athlète ni de mes vacances de rêve. Préparez-vous à découvrir la routine de ma vie de citoyen lambda! »
    Le tout suivi d’une photo de mon bureau (en bordel) et d’un petit commentaire « Excitation intense au boulot : je vais ranger mon bureau!!! Like si tu aimes »
    Mais bon, je ne l’ai pas fait car j’aurais aimé que la petite vignette jointe à l’article aie été « #JeFaisCaca #toilettes #diarrhée #cravatteLaide » plutôt que le smartphone… Tant pis.

    Plus sérieusement, je suis assez surpris par ces résultats, et je rejoins assez Phine : mon expérience de Facebook est plutôt positive. Je vois tous les jours des photos de plages et de montagnes qui me donnent envie de partir en vacances, je vois des mecs bien sculptés qui me motivent à faire du sport, et je vois des gens qui semblent crouler sous les malheurs qui me rappellent à quel point ma vie est géniale!
    J’aimerais voir passer une petite étude sur la relation entre les réseau sociaux et égocentrisme/narcissisme…

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    1. Lionel M. Auteur de l’article

      Analysez cette envie de partir en vacances, ou de sculpter votre corps…
      N’est-ce pas une partie de jalousie, ou peut être d’envie de faire comme les autres, au fond de votre inconscient qui, à votre tour vous y pousse ?

      Répondre
      1. Thom F.

        Je n’aurais pas appelé ça de la jalousie. Ce n’est pas vraiment une envie de ressembler aux autres ou d’être à leur place, mais plutôt une motivation, voire une envie de se surpasser. Je me demande si ça n’atteint pas parfois une sorte de compétition : « qui a la meilleure vie Facebook ».

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